Crimes et châtiments : L'expo

Publié le par vampiresilediable-bagne

 

Le crime a de tout temps frappé l'imagination des hommes. Le mauvais garçon nous interpelle et nous fait peur en ce qu'il représente la face la plus obscure de chacun de nous. Les artistes eux mêmes ont cherché à illustrer l'ambiguïté du bien et du mal présente au coeur de l'homme.

Le Musée d'Orsay propose jusqu'au 27 juin 2010 une exposition fascinante, inquiétante, voire même sulfureuse sur les crimes, les sanctions et leurs multiples illustrations dans l'art.

De la peinture aux photographies de scènes de crimes en passant par les fiches anthropométriques d’Alphonse Bertillon, du meurtre biblique d'Abel par Caïn (tu ne tueras point) aux plus sordides assassinats affichés en couverture du Petit Journal ou de Détective, des exécutions publiques à l'abolition de la peine de mort, c'est toute l'histoire du crime , des châtiments et de leurs multiples expressions qui est ainsi passée en revue.

 

Un petit tour d'horizon sommaire des thèmes abordés vous donnera envie,  je l'espère, d'aller découvrir par vous-même cette passionnante expostion :

 

La justice en littérature

Victor Hugo (1802-1885) avec les Misérables ou le Dernier jour d'un condamné, Emile Zola (1840-1902) dans ses études de la société des humbles ou Fiodor Dostoïevski (1821-1881) à qui l'on doit le titre de l'exposition, furent de fervents opposants de la peine de mort. Leurs engagements sont  source d'écrits, de dessins percutants et crtiques de la société de l'époque. On pourra ainsi observer  avec intérêt les caricatures de têtes d'hommes par Victor Hugo stigmatisant leurs travers .

  De son côté la littérature populaire se nourrit d'un quotidien misérable. Eugène Sue (1804-1857) fut l'un des tous premiers à décrire le Paris des humbles dans les Mystères de Paris. Pierre Alexis Ponson du Terrail (1829-1871), après Victor Hugo, lui succéda avec sa série Rocambole. Plus tard Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain, prit la relève des fameux Sherlock Holmes pour nous emporter dans un univers fantastique où le criminel n’a pas de limite et revêt parfois d’étranges apparences. 

 

La justice dans l’art

Georges Rouault (1871-1958), exprima sa colère dans ses tableaux  au vu des sentences appliquées. Honoré Daumier, (1808-1879) célèbre pour ses lithographies du quotidien, épingla avocats et juges dans les prétoires des tribunaux avec ses caricatures parues dans le journal Le Charivari.

Francisco Goya (1746-1828), Théodore Géricault (1791-1824), Eugène Delacroix (1798-1863), Odilon Redon (1840-1916) et bien d’autres nous donnent à voir une image effrayante du crime et de la mort.

 

 

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La Veuve

En entrant dans cette salle, sur le côté gauche, la guillotine est là qui surprend le visiteur et le menace. Voilée  telle une veuve, elle se montre discrète dans ce petit couloir semi obscur. Et pourtant elle fut terrible, tranchant des têtes jusqu'en 1977, date de la dernière exécution. Sa présence dans l’exposition, requise par Robert Badinter, promoteur et acteur de la loin d'abolition de la peine de mort en 1981, est logique s'agissant d'un symbole de la justice appliquant la loi de manière implaccable. Elle est aussi nécessaire pour l’éveil de nos consciences.

 

Le crime et la science

La phrénologie fut inventée en 1790 par l’anatomiste Franz Joseph Gall, (1758-1828), développée ensuite par l’anthropologue Cesare Lombroso (1835-1909) en Italie, Paul Broca (1824-1880) et le médecin  criminologue Alexandre Lacassagne (1843-1924) en France. Elle prétend démontrer que le crime se lit sur le visage d’un homme, de là on en vient alors au principe de la fameuse "bosse du crime". Les reliefs, l’aspect concave ou convexe des tempes ou du front seraient directement liés aux différentes parties du cerveau et détermineraient, selon les spécialistes, la prédisposition d’un homme au vol ou au crime. Aussi le visiteur trouvera ainsi exposées des têtes en cire recouvertes de dessins figurant ces différentes zones.

Hubert Lauvergne (1797-1855), déjà, médecin au bagne de Toulon pendant vingt ans, étudia cette théorie en palpant et examinant de près les crânes des bagnards et affirma déceler ainsi le criminel primitif.

 

Alphonse Bertillon (1853-1914), le père de l’identité judiciaire, créa le premier laboratoire de police d’identification criminelle et inventa l’anthropométrie, « système bertillon » ou « bertillonnage », système utilisé jusque dans les années 1970. Ses petites photographies reprenant le profil et la face du criminel sont connues de tous, comme celle de l’assassin Landru par exemple. Il photographia les scènes de crime, que l’on contemple aujourd’hui avec effroi derrière ue vitrine, et réalisa un tableau synoptique des traits physionomiques pour servir à l’étude du « portrait parlé ».

 

 

 

Bien sûr, en tant que passionnée par l’histoire des bagnes, je ne peux manquer de vous parler des gravures de Gabriel Cloquemin illustrant le ferrement des bagnards à Bicêtre en partance pour les bagnes de Toulon et de Brest. Enfin  il me faut évoquer les dessins de Pierre Letuaire (1798-1886), illustrateur attaché à sa ville natale, Toulon,  décrivant par de petits tableaux détaillés la vie quotidienne des bagnards.

 

 

A voir de tout urgence ...avant le 27 juin 2010 !

 

 

 

Ecrit après la visite d'un bagne

Victor Hugo

 

Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatrevingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :
Et la société leur a volé leur âme.

 

 

Publié dans Histoire

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